Pièce de théâtre

De mauvais poils

Résumé et contexte

Depuis le 16 Janvier 1945, Adolf Hitler vit reclus dans son bunker construit à huit mètres de profondeur sous la Chancellerie de Berlin. Le 3ème Reich vit ses dernières heures, Berlin est en feu, et les Russes sont aux portes de la ville qu’ils bombardent depuis plusieurs jours. C’est dans ce contexte que le Führer décide d’épouser sa maîtresse, Éva Braun, le 29 avril 1945. Le lendemain, le couple se suicidera. Hitler en avalant une capsule de cyanure puis en se tirant une balle dans la tête, et sa femme en avalant une capsule de cyanure. Les deux corps devront être brûlés par des soldats dans la cour de la Chancellerie en ruine. Mais avant de mourir, Adolf Hitler a décidé de mener une dernière campagne d’éradication : celle de sa moustache.

« Si le nez de Cléopâtre eût été plus court, toute la face du monde aurait changé » Nous enseigna Blaise Pascal... Et la moustache d’Hitler alors ?

Note de l’auteur : Se servir du biais de la dérision pour relater les moments les plus misérables de notre histoire - comme par exemple celle de l’horreur qui a découlé de la folie des dirigeants nazis - est un exercice périlleux car le risque est grand d’être accusé de galvauder un drame. Évidemment que le projet que nous portons n’a pas volonté de faire passer, en particulier dans cette pièce, Adolf Hitler pour un tyran sympathique ; mais que de le considérer aussi pathétique qu’un clown dénué d’humour peut aider à se questionner sur cette « autre » folie qui a consisté à ce que des dirigeants contemporains de ce malade mental lui aient donné une importance aussi grande. On pourrait nous rétorquer que l’Histoire est ainsi faite, que le genre humain apprend si peu de ses erreurs passées, et que d’autres dictateurs sont encore préservés et peuvent, malgré les menaces, mener des politiques rétrogrades sans craintes de représailles ; ce serait donné une palette d’interprétations plus large à la pièce. Car finalement le vrai questionnement pourrait ainsi s’énoncer : Quel est cet animal étrange qui accepte sans réfléchir de tomber dans le piège de la fascination, et qui se dit l’être le plus évolué vivant sur terre ?

Extrait...

Hitler – C’est qui le patron ?

Aide de camp – C’est… C’est vous mein Führer… Sans aucun doute…

Hitler – Alors pourquoi doutez-vous de ma capacité à vous faire fusiller ?

Aide de camp – Mais pas du tout, mein Führer, vous vous méprenez sur mon compte ! Bien sûr que vous pouvez me faire fusiller, et quand vous le voulez, ce serait même un honneur de faire partie de ceux que vous avez déjà fusillés…

Hitler – Alors pourquoi semblez-vous si… Il cherche ses mots 

Aide de camp – Si ?

Hitler – Si…

Aide de camp – Si quoi mein Führer ?

Hitler – Si… Il claque dans ses doigts Si étonné !

Aide de camp – Il faut me comprendre… Je vous trouve… Il hésite… Là… Il montre le lit… Allongé… Ici…

Hitler – C’est bien ce que je disais… Vous me soupçonniez de faire la sieste alors que dehors c’est la guerre…

Aide de camp – Mein Führer, franchement, il faut me croire… Je n’oserais jamais envisager, ni laisser penser, que vous, vous ! Puissiez être capable d’un acte d’une telle lâcheté !

Hitler – J’aime mieux ça.

Aide de camp – J’ai trop de respect pour…

Hitler – Trop  de respect et de crainte…

Aide de camp – Oui, bien sûr, et de crainte… Pour oser penser que vous vous laisseriez tranquillement gagner par une douce somnolence alors que dehors les bombes russes détruisent inlassablement et méthodiquement les derniers murs encore debout de notre si chère capitale berlinoise. Et je ne parle pas de votre chancellerie, qui porte si bien son nom, au moment où je vous parle, car elle chancelle, mein Führer, parfaitement ! La chancellerie chancelle !

Hitler – Chut… Malheureux… Y a des micros partout ici, cessez de hurler… Si Churchill apprend que la chancellerie chancelle il va encore se foutre de moi…

Aide de camp – à voix basse Ce que je voulais vous dire, en fait, c’est que pour toutes ces raisons ne croyez pas que j’aurais pu oser imaginer un seul instant que vous puissiez dormir tranquillement pendant qu’en haut il montre le plafond du bunker avec son index les russes et les américains sont en train de se disputer le… il se pince les lèvres et il semble réfléchir

Hitler – Vous ne finissez pas votre phrase ?

Aide de camp – Toujours songeur Disons que je suis en train de réfléchir à un langage codé… à cause des micros… il claque dans ses doigts Voilà ! J’ai trouvé comment vous dire ce que je pense sans trop en dire… En haut, donc, au-dessus de nos têtes, eh bien les russes et les américains se disputent un os.

Hitler – Air dubitatif Un os ?

Aide de camp – Un os bien enterré, huit mètres sous terre… Un os qui a votre visage. Un os qu’on saluait encore y a pas très longtemps, que certains continuent de respecter, mais un os quand même ! 

Hitler – Et bien, quelle verve ! Vous ne m’aviez pas habitué à tant d’éloquence. Et puis me comparer à un os enterré, on ne me l’avait jamais faite celle-là…

Aide de camp – Un peu confus C’est l’émotion, mein Führer, simplement l’émotion. Depuis que vous m’avez dit qu’il y avait des micros cachés dans votre bunker, je me sens surveillé… Et peut-être même jugé…

Une question ?